RDuJour.com-Saint-Laurent-Pre-Fall-2013-Campaign-Courtney-Love-Marilyn-Manson-Kim-Gordon-Ariel-Pink-03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis quelques jours, les injures défilent sur le net. Comment Hedi Slimane a t’il pu choisir comme égéries pour Yves Saint Laurent, la marque dont il est Directeur Artistique (et qu’il a rebaptisé Saint Laurent Paris), Courtney Love, Marilyn Manson ou bien encore Kim Gordon? On crie au blasphème. Comment est-il possible de trainer aussi "bas" le nom du défunt couturier? Mais de quoi parle t’on ici exactement?

Dans un premier temps, cette campagne m’a dérangé moi aussi. Mais pas pour les mêmes raisons. Je n’y reconnaissais pas les icônes de rock avec lesquelles je m’étais construite. Marylin Manson a l’air bien sage dans son appartement à moulures blanches, et il manque cette dimension "je m’habille avec n’importe quoi, et ça a une gueule folle" à Courtney et Kim.

J’étais adolescente dans les années 90, et j’ai complètement embrassé le mouvement grunge. Kim Gordon et Courtney Love étaient mes modèles, au moment même où la mode ne mettait en exergue que des Claudia Schiffer ou autre Naomie Campbell. Et le commun des mortels s’accordera  pour dire qu’à cette époque, ces deux mondes là ne se mélangeaient pas. Pire: ils se haïssaient.

Cependant il faut admettre que si la mode n’était qu’un éternel hommage esthétique à des créations d’une époque révolue, elle serait plutôt barbante et complètement futile. Et j’aurais honte d’y travailler depuis de nombreuses années. Je reste persuadée que la Mode est, comme l’Art ou la Musique, un moyen de synthétiser une époque.

J’avais déjà cité cette phrase de l’artiste plasticien Paolo Pasolini: «Il faut croire en la formidable force révolutionnaire du passé". Autrement dit, il y a des forces du passé qu’il faut savoir ressortir, au bon moment, et qui peuvent nous faire avancer. Le mouvement grunge – puisque c’est de cela dont il s’agit ici- en fait il partie? Si je devais simplifier le mouvement grunge, je dirais que c’est un énorme bordel de trucs moches. Les thèmes des chansons étant "la dépression", "la drogue", "la mort", "la désillusion de la société de consommation". Mais ce qu’il y a de totalement paradoxal avec ce mouvement, c’est qu’il fait "du beau avec du laid" : il réussit à dégager de tout cela une formidable ENERGIE. Et, depuis que je suis rentrée en France, j’ai bien l’impression que l’énergie est ce qui nous fait le plus défaut.

Oui, cela me fait un peu mal de voir mes icônes "authentiques" mercantilement placardées sur des campagnes publicitaires. Mais ne nous méprenons pas. Une campagne de Saint Laurent n’est pas comparable à une campagne d’une grande marque de distribution. Elle est là pour donner un ton, pas pour vendre. Alors une fois la mésalliance digérée, je vous invite à découvrir l’univers esthétique et musical de ces artistes, et si vous avez envie de "pogoter" ou de vous dandiner, c’est que le grunge n’est pas complètement enterré.

599674_10151298649167657_2074795433_nJ’ai découvert Maria Lynch, l’artiste plasticienne aux multiples facettes, à Art Rio la foire d’Art Contemporain de Rio. Il y avait beaucoup d’artistes que je ne connaissais pas, mais des mois après, c’est bien d’elle dont je me souviens en premier. Pour dire vrai, ses toiles pastels viennent souvent se promener dans ma tête. Et à chaque fois elles me transportent dans une douce rêverie.

Cette jeune artiste ( à peine plus de 30 ans) est une Carioca originelle. Elle est née et vit toujours à Rio.  Elle est Diplômée du Chelsea College of Art and Design de Londres, tout comme mon hyper talentueux cousin chéri Nicolas Cambier ( http://www.nicolascambier.com). Elle est également connue pour ses performances mêlant corps en mouvement et sortes de peluches aux formes rondes de couleurs acidulées.

Je ne me peux pas dire vraiment pourquoi, mais le travail de Maria Lynch me plait beaucoup. J’aime ses couleurs, ses formes et plus que tout, comment ses compositions occupent l’espace de la toile. Ou plutôt, comment ses compositions se fichent de l’espace de la toile. Pas de frontières matérielles pour Maria, son oeuvre flotte dans l’air et ses tableaux sont comme une pièce d’un puzzle imaginaire. A vous de décider si votre imagination doit terminer de parfaire les formes qu’elles suggère.

Pour ma part je préfère me dire que ses toiles sont mouvantes. Son travail nous rappelle que rien dans la vie n’est terminé ou acquis. Comme l’Univers, les toiles de Maria Lynch sont en perpétuelle construction. Loin de moi l’idée de penser que ces tableaux ne sont pas finis. Ils suggèrent un mouvement bien plus large, et c’est bien là que réside tout son talent.

http://www.marialynch.com.br

403554_10151140631577120_508803668_n Il reste des endroits sur Terre où l’invention de la solitude reste à faire. Des lieux où le concept même d’individualité ne veut rien dire. La ville de Rio, qui plus est pendant le Carnaval, en est l’exemple le plus abouti.

Vous étiez parti singulier, mais vous arriverez pluriels. Ou plutôt, vous deviendrez une parcelle d’une nouvelle entité collective, le temps des festivités. Vous quitterez votre identité. Vous ne serez plus les petits Français en vacances, vous deviendrez le "cuisinier nu sous son tablier", la "carmen Miranda en juste corps", "le clown pervers" ou une bande de "zèbres vidigalisés". Le déguisement vous permet ce changement radical. Car n’ayez nul doute, vous serez déguisés 24 heures sur 24, vous dormirez ( si vous dormez) avec votre perruque, vos faux cils et vos paillettes vous chatouilleront les narines.

Vous ne pourrez y échapper: soit vous adhérez, soit vous partez. Officiellement le Carnaval dure 5 jours et marque l’entrée dans le Carême. En réalité, il s’allonge tranquillement sur 3 bonnes semaines.  Chaque quartier à son bloco, comprendre son carnaval et son orchestre de rue. Le jeu étant de bouger de quartier en quartier, et d’en faire le plus possible. Le carnaval est un temps de MELANGES: d’alcools, de corps, de quartiers, de festivités…

En parallèle, il y a les défilés officiels, bien sûr. Les grandes écoles de Samba se préparent depuis le mois d’Août. Chaque année, elles ont un nouveau thème, dont le dénominateur commun semble résider dans leur hétéroclisme: "le préservatif", "le pétrole", "le Dieu Thor". Il y a une compétition très sérieuse entre elles. Elles défilent au Sambodrome et sont notées par points, sur une grille digne d’un championnat de patinage artistique. A la fin, une école  monte en 1ère division, tandis qu’une autre en sera déchue. Pendant les 3 jours des défilés, les téléviseurs sont branchés non stop sur plumes et sequins, détrônant ainsi pour quelques jours le football (de toutes les manières il n y a pas de match pendant le carnaval).

Quand j’ai fait le Carnaval de Rio, je n’ai pas pu comprendre tout de suite ce qui m’arrivait tant j’ai eu l’impression d’habiter sur une autre planète. En y repensant, il me semble clair que le carnaval est un des derniers fait social total de notre civilisation. L’ouvrage du sociologue Marcel Mauss, l’essai sur le Don, est la lecture qui m’a le plus influencée pendant mes études. Je continue à y penser régulièrement, il m’a profondément marqué. Mauss y décrit le Potlach, une pratique ancestrale des Indiens du Pacifique qui consiste à batailler à coup de cadeaux entre 2 groupes. Ce comportement culturel du don/contre don est pour Mauss "un fait social total" car il concerne à l’instant t, toutes les sphères du social: économie, politique, religion, esthétique, etc…. A la fin, tout les biens sont brulés car l’enjeux du potlach n’est pas de s’enrichir de biens matériels, mais de s’enrichir de lien social.

Ainsi s’explique ce sentiment indescriptible, mélange de force, de joie et d’énergie que l’on ressent au Carnaval. Le déguisement joue le même rôle qu’un uniforme: il vous retire tout signe d’appartenance sociale. Cette fête est celle du genre humain: rappelant à tout à chacun que le bonheur est simple. Il réside d’abord dans le PARTAGE. "Dans le bonheur d’autrui, je cherche mon bonheur"*.

* Pierre Corneille.

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